Les biens communs

Qu’avons-nous en commun ?

Aujourd’hui nous avions envie d’évoquer avec vous une question qui est au cœur des préoccupations du monde de demain : celle de la gestion de ce que nous avons en commun. Les biens communs, qu’ils soient matériels (l’eau, l’air, les forêts,…) ou immatériels (climat, mais aussi la culture, la musique, le langage, les logiciels libres, et même nos institutions politiques), se définissent simplement : ce sont ces choses « qui n’appartiennent à personne et dont l’usage est commun à tous. »

Si le concept semble évident, il heurte plus qu’on ne le croit nos convictions profondes : qui est « tous » ? C’est quoi «appartenir» ?

Pas si simple de penser le commun tant chacun le voit et l’interprète selon sa culture politique et son éducation. Voici quelques pistes, pour mieux les appréhender, et se laisser aller à imaginer d’autres modes de gouvernance.

Sortir les biens communs de l’invisibilité

Un premier aspect, essentiel, est celui de la reconnaissance de leur existence. Les communs ont ceci -justement- en commun qu’ils sont invisibles. L’air que nous respirons. L’eau de nos nappes phréatiques, nos musiques, nos fêtes traditionnelles, notre biodiversité ou même notre internet, sont impalpables. Comment dès lors les défendre ? Comment prendre soin de ce que l’on ne voit pas, de ce qu’on ne nous a pas appris à regarder et encore moins à gérer ?

Tout l’enjeu des biens communs consiste à les rendre visibles aux yeux de tous. Comment bien les nommer, démontrer leur utilité, leur vulnérabilité, sont des questions cruciales… qui en amènent une autre, toute simple : à quel point nous autres, humains, sommes-nous dépendants d’eux ?

Trop souvent ces biens communs deviennent visibles parce qu’ils deviennent rares. Nous sommes éduqués à la rareté : ce qui est rare devient précieux. On pense facilement aux ressources comme l’eau potable, les poissons, les forêts… comment protéger un bien commun qui se raréfie ? A première vue, deux outils semblent évidents : nous pouvons mettre en place des lois et des réglementations pour réguler leurs usages d’une part, nous pouvons aussi leur donner un prix, les gérer en terme de stock et de flux.

A quel point peut-on privatiser les biens communs ?

L’eau, la biodiversité, doivent-ils être abandonnés aux lois du marché ? Comment éviter les inévitables dérives de ce genre de raisonnement ? Vers qui nous tourner ?

Un réflexe naturel est de se tourner vers les institutions existantes, mais à y regarder de plus près, est-ce la seule solution? L’Empire romain distinguait pour sa part quatre types de « biens » : (de res ou « chose »). Les Res nullius, qui sont des objets sans propriétaires, que chacun peut utiliser, la Res publicae, «  la chose publique » dont la gestion revient à l’Etat (rues, batîments, biens d’usages publics), les Res privatae (les choses privées que les individus ou familles possèdent) et enfin les Res communes qui englobaient les choses de la nature. Des notions perdues au cours des siècles d’histoires et trop souvent absente de nos politiques actuelles, axées sur les propriétés publiques et privées. Mais rien n’est figé…

Vers une gestion participative?

Les communs sont emblématiques d’un monde en transition, comme le sont l’économie collaborative et l’économie du partage. Comment re-créer des espaces de réflexion collective quand à la gouvernance des biens communs ? Quels rôles envisager pour les collectivités, les administrations et les élus dans ce contexte de pouvoir partagé avec les citoyens? Où construire les interactions entre commun et public ? Par conséquent, comment élargir notre vision de la société en trois pôles plutôt que deux : privé, public, et commun?

L’école ne nous apprend plus aujourd’hui à cultiver l’esprit démocratique…mais les initiatives se multiplient pour explorer le développement social de la démocratie participative, telles le Conseil citoyen permanent de la Communauté germanophone, ou l’Assemblée citoyenne bruxelloise Agora. L’exercice est ardu, mais ô combien passionnant !

Le retour en force des communs va de pair avec celui de l’engagement citoyen. N’est-ce pas un bon moment pour nous tous, élus et citoyens, pour essayer de faire preuve d’imagination, d’audace, d’inventivité et d’engagement pour réinventer les communs, leur donner vie, les protéger, à l’heure ou tant de menaces pèsent sur eux, donc sur nous…

Le phénomène est mondial, découvrez : « Commons » du collectif Bravery In Battle avec Vandana Shiva